Aurores

     

 

 

 

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Chaque année, en terre dite d’Islam, plusieurs milliers de chrétiens sont froidement assassinés. Leur tort ? Etre chrétiens. Ces exactions ne choquent guère les foules européennes disciplinées au rythme soutenu des tambours du mémorable, du vertigineux, du merveilleux, du coïtal vivrensemble (on ne le louera jamais assez) ! Du reste, rares sont les médias qui, sous nos latitudes, estiment que cette information mérite mieux qu’une vulgaire brève dans laquelle une anonyme voix off décrira, de temps en temps, quand l’actualité sera par trop clairsemée, des « jugements expéditifs entachés d’irrégularités ». Au mieux. Au pire, la voix off nous parlera de ces salopards d’Américains évangélistes racistes qui nourrissent un « plan secret », peut-être même élaboré en cachette dans une villa du Wisconsin en présence de George Bush (mais chut, c’est trop dangereux…), un plan machiavélique, criminel : « Ah les salauds, ils prêchent ! » Il va sans dire que le fait d’évangéliser en terre dite d’Islam est une abomination, une marque d’impérialisme, une entreprise nocive aux relations entre Orient et Occident, une provocation. Que les sectes protestantes américaines soient vomies par l’intelligentsia européenne, quoi de plus logique ? Ils sont Américains et les sectes protestantes, nous disent tous les experts invités sur les plateaux de télévision, sont des « fanatiques » très « fanatiques » dont le « fanatisme » est tout à fait comparable à celui d’un certain Oussama Ben Laden (et encore, les islamistes sont pauvres, eux !). En plus, ne l’oublions pas, ils sont Américains. CQFD.

Les musulmans s’en prennent aux évangélistes ? C’est de bonne guerre, oserait-on dire. Mais quand des prêtres catholiques ne trouvent rien de mieux que d’écrire des tribunes dans lesquelles ils laissent libre cours à leur passion pour l’islamité, quand, pour plaire au FLN, ils dénoncent, en des termes dégoulinant de lâcheté et de soumission, leurs frères en Jésus Christ, qu’il nous soit permis de dire tout le mal, et même plus !, le mépris, qu’ils nous inspirent. Dans le secteur ô combien concurrentiel de la dhimmitude volontaire, un nouvel avatar vient de se manifester. Ce sinistre personnage est le père Delorme dont certains lecteurs de ce site ont peut-être eu la chance de lire la prose récemment publiée dans Le Monde. Tandis que l’Etat algérien, pardon, un tribunal algérien – absolument neutre – s’apprêtait à juger plusieurs chrétiens accusés d’être chrétiens et d’avoir célébré une messe (ou tout simplement lu la Bible) sans avoir préalablement averti les autorités ‘compétentes’, le père Delorme, gestapiste en soutane (il paraît que dans les marchés d’Alger, moyennant quelques maigres dinars, on peut acheter de fort beaux posters de Mgr Tiso, période 42-44, la meilleure !) soutenait de tout son être, de toute sa petite âme la joyeuse conception algérienne du vivrensemble que l’on pourrait résumer ainsi : « Sois musulman et tais-toi ». Prêcher, convertir, il est probable que le père Delorme n’y a jamais pensé. Lui, sa passion, c’est proclamer qu’il respecte l’identité algérienne (musulmane), qu’il respecte les lois algériennes (sois musulman…), que les ricains l’inquiètent et, surtout, qu’il veut la paix, oh oui la paix, bien tranquille, bien douce, bien confortable, bien rémunérée par le pouvoir algérien. Prêtre ‘constitutionnel’ en Algérie ? Non, défroqué lui irait mieux, au père Delorme. Qu’a-t-il à dire à propos des catholiques décapités en Indonésie ? Rien. Lui, son ministère, il l’exerce respectueusement, silencieusement. Il n’ira jamais rappeler – oh que non ! – que Saint-Augustin était évêque d’Hippone. Il ne lui viendra jamais à l’esprit l’idée saugrenue de signaler que lorsque les armées arabes déferlèrent sur l’actuel Maghreb elles y rencontrèrent des chrétiens. Il faudrait lui dire, au père Delorme, que la terre sur laquelle il pose aujourd’hui son auguste postérieur n’a pas toujours été musulmane et que rien ne dit, surtout dans la Bible (mais l’a-t-il jamais ouverte ?), qu’elle doit le rester ad aeternam. Une bonne nouvelle : on a enfin trouvé le successeur de Mgr Gaillot. On attend impatiemment la photo Delorme-Béart en couverture de Paris Match. On imagine déjà le titre au-dessus de ladite photo : « Père Delorme et Emmanuelle Béart : leur cri du cœur contre l’intolérance ». On visualise déjà les enfants algérois se jetant au cou d’une Emmanuelle radieuse. Beau comme une chanson de Patrick Bruel, expressif comme le visage de Roger Hanin dans Navarro. Mais il y a mieux, et il y a pire ! Absolument ! Tout d’abord, la presse algérienne. Faites donc l’expérience, les grands journaux algériens disposent de sites Internet de grande qualité. Alors, toutes mouvances confondues, saute aux yeux innocents du surfeur ordinaire cette évidence : les journalistes algériens sont victimes d’une faille spatio-temporelle ! Pour eux l’histoire s’est arrêtée vers 1970, disons au moment de la mort de Nasser. Tout y passe : servilité plus ou moins discrète vis-à-vis du FLN, anti-impérialisme pavlovien (avec cette théorie que je me dois de vous livrer en exclusivité : à l’heure où j’écris ces lignes, des hordes de chrétiens tentent d’envahir le monde arabo-musulman), paranoïa (« nous sommes assiégés », « on nous veut du mal », etc. A quand des chrétiens se faisant exploser au cri de « Benoit XVI vaincra » ?), mauvaise foi (« De toute façon, en Europe, les musulmans sont opprimés »). Avec un peu de chance et une fouille plus méticuleuse des archives des journaux, nul doute que l’on retrouve la trace de la Grande Rumeur : le SIDA a été inventé par les juifs et les blancs dans le but d’éradiquer les populations musulmanes. Consternant de bout et bout avec, ça et là, des courts éclairs d’honnêteté intellectuelle (notamment sur la ‘non-réciprocité’). Mais le plus affligeant est de loin cette manie qui consiste à justifier la riposte au nom de la préservation de l’identité algérienne. Par contre, autant vous dire que l’identité française, les journalistes algériens s’en fichent royalement, ils n’en parlent même pas. Quand ils décrivent la nouvelle (plus ça change, plus…) politique migratoire en vigueur en France, Auschwitz n’est pas loin. C’est quand même un comble, écrivent-ils tous en chœur, Paris refuse d’accueillir tous les candidats à l’émigration ! Sur tous les sujets, la même rengaine : je te crache à la gueule mais je veux venir chez toi. Pas un hasard, finalement, si les Algériens ont pour président un type qui passe son temps à réclamer « les excuses officielles de la France » mais qui, lorsqu’il ne pisse plus droit, vient se faire soigner dans les hôpitaux parisiens. Horreur : la vente de pétrole ne serait-elle pas assez rentable pour que l’Etat algérien construise des hôpitaux modernes sur son territoire ? Chut. « Pas très vivrensemble » que tout cela. Mais il y a encore mieux. Tout à fait. Posons cette question – que nous sommes assurément peu nombreux à nous poser : Que fait Rama Yade ? N’est-elle pas le noble bouclier de la liberté d’expression et des droits de l’homme. Jusqu’à preuve du contraire, choisir et pratiquer pacifiquement sa religion est un droit qu’offrent les Etats démocratiques. Et Dieu sait que Rama aime les démocraties. On me dit que Rama ne peut pas tout faire, qu’au moment même où un juge algérien rappelait aux accusés qui lui faisaient face qu’une loi datée de 2006 interdisait tout rassemblement effectué dans le but de prier un autre Dieu que celui que l’on appelle Allah, Rama remettait la légion d’honneur, l’ordre national du mérite, la mérite agricole et un chamois d’or à une « écrivaine turco-burkinabaise connue pour son engagement en faveur de l’émancipation des femmes ». Dans La hiérarchie des victimes à l’usage des occidentaux (en vente dans toutes les bonnes librairies), le noir précède l’Arabe, qui précède la femme, qui précède l’enfant, qui précède le bébé phoque. En queue de liste figure l’homme blanc, celui qui a fait Auschwitz. Donc, silence total des autorités françaises parce que, comme le dirait sans doute Nicolas Sarkozy : « La France elle veut des relations apaisées avec l’Algérie ». Et il est vrai que pour quelques chrétiens en moins, on ne va tout de même pas provoquer un incident diplomatique. Quant aux médias, évidemment, entre l’Euro de football, les révisions du bac, les nuages et les primaires démocrates, où pouvaient-ils caser les trois chrétiens algériens… En plus, ça aurait obligé les journalistes à expliquer ce qu’est l’apostasie. Et ça, les journalistes maîtrisent mal. Sans compter le fait que oui, décidemment, ce n’était pas un sujet sympa. Au moins, les Chinois, ils font péter de gros blocs de pierre afin d’empêcher que soit inondée une vallée. En matière d’images, le PCC est plus fort que les chrétiens algériens. Lui aussi.

Il reste un point, qui est tout sauf « un point de détail » de cette histoire. On n’ose pas le dire. En fait, on se demande si ça ne risque pas de nous mener tout droit devant un tribunal – neutre – français. Mais comme nous croyons en la démocratie française qui donne, jour après jour, des gages en matière de liberté d’expression pleine et entière, nous nous permettons : il est interdit de bâtir des églises en terre d’Islam ? Dix chrétiens qui prêchent dans le Sahara seraient dangereux pour le vivrensemble ? Il faut respecter l’identité algérienne ? OK ! Mais alors, pourquoi devrions-nous accepter la construction de mosquées en Europe ? Pourquoi rechignerions-nous à expulser du territoire français des imams qui conseillent la lapidation des femmes adultères ? Pourquoi ne nous défendrions-nous pas l’identité française ?

Pourquoi toujours subir, toujours écouter des Delorme ? Pourquoi ne pas demander au CFCM, à la solde de Rabat et Alger, ce qu’il pense de la destruction des églises en terre d’Islam (et de l’impossibilité d’en construire) ? Pourquoi ne pas dire que les cimetières chrétiens d’Algérie, déjà – mal (vae victis) – entretenus par l’Etat français qui en assume la charge, sont quotidiennement souillés ? Parce que nous sommes tolérants, répondront les sociocrates.

N’oubliez pas ce mot : tolérance. Je ne sais pourquoi quand ils le prononcent mes oreilles sifflent, sont la proie d’un vilain acouphène. J’entends alors un autre mot, apaisant, sympathique comme le bruit des pièces qui s’entrechoquaient dans la bourse remise à Judas : soumission.


Loïc Lorent

© aurores-2008

   
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